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20-09-2007
à 14:47
, Transmis par M.Khalid
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| Tourisme : les petits veulent se mettre à la table des grands |
Industrie prospère, le tourisme peut-il profiter à un plus grand nombre d’opérateurs ? Les PME du tourisme veulent une plus grosse part du gâteau et demandent l’aide de l’Etat.
L’industrie touristique rapporte plus de Rs 30 milliards chaque année. Mais les petits opérateurs ne reçoivent que des miettes. Ils affirment que la place qu’ils occupent n’est pas assez importante dans le concert du tourisme local. Ils ont soif d’ouverture et veulent que les choses évoluent.
L’Association of Tour Operators (ATO), fondée il y a un an, regroupe les petites et moyennes agences de réceptif. Ses membres n’arrivaient pas à se faire représenter au sein de l’Association of Inbound Operators of Mauritius. Celle-ci contrôle quelque 85 % du marché, assurant chaque année le transfert de plus de 500 000 touristes, brassant un chiffre d’affaires annuel de Rs 2,5 milliards et employant 2 500 personnes.
L’ATO, de son côté, ne gère qu’une petite flotte de quelque 50 véhicules dont des limousines, et emploie un peu plus de 200 personnes. Elle assure le transfert de quelque 30 000 personnes par an.
Avec l’ouverture du ciel sur quelques grands marchés comme la France, l’ATO s’attendait à voir son volume d’affaires augmenter. Mais tel n’a pas été le cas. Si Corsairfly a bien apporté du volume, celui-ci n’aurait pas été redistribué de façon équitable… “Le marché est toujours entre les mains des grandes agences”, estime Ajay Jhurry, membre de l’ATO et patron de One World Travel.
L’arrivée de Virgin Atlantic, fin octobre, pourrait être l’occasion de se rattraper. Autrement dit, comme le gouvernement a réussi à ouvrir l’espace aérien, ce qui a créé de la compétition entre les compagnies aériennes, pourquoi ne met-il pas en place les conditions requises pour qu’il y ait également de la compétition entre les agences de réceptif ?
C’est en tout cas ce qu’espère l’ATO. Elle propose qu’un certain nombre de sièges en vente libre sur les vols des nouvelles compagnies, soit alloué aux petits et moyens opérateurs. Elle réclame donc l’intervention du gouvernement.
Un interventionnisme qui pourrait s’étendre à d’autres secteurs du tourisme comme la restauration. “Le but est d’encourager les touristes à sortir des hôtels”, estime Alan Payen, le patron du Bon Choix, restaurant de Quatre-Bornes. S’il a été la voix des restaurateurs indépendants au sein de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice, il a surtout eu le sentiment de prêcher dans le désert…
“Beaucoup d’hôtels pratiquent la formule du all inclusive (tout compris) et le client ne s’aventure pas en dehors de l’hôtel. Les restaurants, surtout ceux des villes, ne profitent pas de cette clientèle”, se plaint le restaurateur. Or, il se targue d’offrir à ses clients une certaine “authenticité”, un service “personnalisé” alors que “l’hôtel, c’est la production de masse”, soutient-il.
La formule tout compris est fortement contestée par les petits opérateurs. Ils estiment que l’industrie touristique doit pouvoir, au contraire, “irriguer l’économie mauricienne” et non pas créer des “barricades” dans la destination. Cela devrait par conséquent permettre à toutes les activités économiques d’être en “effervescence” lorsque les touristes se mettent à “voyager dans le pays”.
D’autres opérateurs, particulièrement remontés contre la “mainmise” de l’hôtellerie sur le tourisme, vont même plus loin. “L’hôtellerie tue le tourisme. Il faut leur enlever certains services annexes comme la blanchisserie”, lance un opérateur du Nord.
L’intervention de l’Etat pourrait permettre aux restaurants d’augmenter la proportion de leur clientèle touristique. Certains restaurateurs proposent même de limiter le nombre de restaurants dans les hôtels à un seul au lieu de trois ou quatre, comme c’est généralement le cas. Alan Payen, lui, est plus conciliant. “Pourquoi ne pas proposer aux clients des hôtels des forfaits dans les restaurants extérieurs ? C’est ainsi que nous pourrions arriver à une vraie démocratisation de l’économie touristique”, lance le restaurateur de Quatre-Bornes.
L’élargissement de la base économique dans le tourisme dépend aussi de l’image que la destination veut projeter sur les marchés. Ainsi, selon Ajay Jhurry, il faut revoir le branding. L’image haut de gamme que la destination cultive sur les marchés ne convient pas forcément à tous les opérateurs. Pour atteindre les 2 millions de touristes requis, à l’horizon 2015, la destination mauricienne devra forcément “baisser en gamme”, selon le patron de One World Travel.
Autrement dit, Maurice devra abriter de plus en plus d’établissements hôteliers de trois ou quatre étoiles. Proches des prestations offertes par une grande majorité de petits opérateurs.
Dans l’Est, la démocratisation de l’industrie touristique est en marche. Cette région a soif de développement touristique. Des petits et moyens entrepreneurs du tourisme sont en train de se regrouper au sein du Eastern Social Movement. Ils veulent miser sur les métiers du tourisme et les activités annexes.
Sunil Beerbul est un de ceux-là. Il estime que les cadres de l’hôtellerie mauricienne doivent se jeter à l’eau et créer des entreprises du tourisme. L’Est mise beaucoup sur la création du premier village touristique à Belle-Mare. Il sera un pôle d’attraction avec des activités économiques mais aussi un débouché pour les producteurs de la région.
Mais les entrepreneurs devront aller plus loin. “Il faut que les petits opérateurs se regroupent sinon ils n’arriveront jamais à s’en sortir”, insiste-t-il. Formation mais aussi constitution de nouveaux réseaux : les petits opérateurs mauriciens auront beau réclamer l’aide de l’Etat, ils n’arriveront jamais à rien s’ils ne se prennent pas en main. Aide-toi et le ciel t’aidera…
VILLAGES TOURISTIQUES
Plate-forme pour la création
Le projet de villages touristiques est sur la bonne voie. Les propositions des architectes sont attendues le 27 septembre au plus tard. Le premier village se situera à Belle-Mare. Il fera office de plate-forme pour inciter les artisans ou les artistes à exposer leurs produits ou leurs créations. Les villages sont destinés avant tout aux habitants de la région où ils seront implantés. Kris Seeboo, président de Tourist Village Co Ltd, est intraitable : il n’est pas question de privilégier quiconque d’autre. Après Belle-Mare, deux autres villages sont en projet, dans l’Ouest et le Sud.
QUESTIONS À…
Kris Seeboo, hôtelier, président de Tourist Villages Co Ltd et du comité consultatif sur le tourisme
● Comment peut-on arriver à une redistribution équitable de la manne touristique ?
Le tourisme est un secteur qui opère sans filet de protection et qui fait chaque jour face à une féroce concurrence internationale. Pour que les bénéfices soient redistribués, il y a un certain nombre de choses à respecter. Il faut avant tout développer le culte de la qualité. Des sociétés comme Summertimes ont su partir de rien et se développer mais en respectant ces principes.
Sachons donc nous regarder dans un miroir. Il faut certes créer des opportunités pour que tout le monde puisse participer mais il faut aussi développer le culte de la qualité. Historiquement, le succès du tourisme mauricien n’est pas le fruit du hasard mais le résultat de la vision et des investissements des entrepreneurs et des pionniers.
● Pensez-vous que les petits opérateurs qui se retrouvent cantonnés à la périphérie du tourisme n’appliquent pas les normes de qualité ?
Les petites et moyennes entreprises (PME) ont la possibilité d’aller dans les salons internationaux pour pénétrer les marchés. Mais elles doivent convaincre les tour-opérateurs étrangers qui sont à la recherche du meilleur service possible. Les marchés sont libres. Les opérateurs, eux, ont le choix de se vendre sur Internet. La Mauritius Tourism Promotion Authority galvanise les PME. Il y a, à Maurice, des chambres d’hôtes qui réussissent. Celles qui ne réussissent pas doivent se demander pourquoi elles échouent. La demande est pourtant là.
● Pourtant, les frustrations s’expriment et certains avancent que nous risquons de devenir une nation de barmen et de serveurs…
Il faut qu’il y ait des opportunités pour tous les opérateurs. Dire que nous deviendrons une nation de barmen est insultant. Il ne faut à aucun moment dire aux Mauriciens qu’ils sont des employés de deuxième grade. Car aujourd’hui, la plupart des cadres hôteliers sont mauriciens. Ceux qui sont compétents et qualifiés ont accès aux postes et peuvent devenir numéro un. Il faut que l’on se débarrasse de la perception qu’un Mauricien ne peut pas devenir directeur d’hôtel. Au contraire, qu’on le veuille ou non, il y aura de plus en plus de Mauriciens qui vont diriger des hôtels. Ce qui ne veut pas dire non plus que nous n’avons pas besoin de l’expertise étrangère. Mais il faut que tout le monde joue le jeu. L’hôtellerie, elle, a affiché sa corporate responsibility.
● Finalement, à vous entendre, le secteur touristique est beaucoup plus ouvert qu’on le croit…
Oui et il faut à tout prix combattre les perceptions négatives. Il faudrait que les entreprises communiquent plus. Et rien n’empêche d’autres opérateurs de pénétrer le marché, à condition d’avoir le financement, la compétence et l’équipe nécessaires pour réussir.
● Comment expliquer alors les frustrations qui se font entendre ?
Il y a des aspirations légitimes de la part de certains à devenir numéro un. Il faut donc que l’Etat et tous les autres acteurs du secteur touristique se mettent ensemble pour faire en sorte que les programmes d’aides soient une réussite et pour créer des opportunités.
L’Empowerment programme (NdlR : dont fait partie Tourist Villages Co Ltd), veut entraîner tous ceux qui sont à la périphérie vers le centre. Personne ne pourra empêcher la périphérie de se rapprocher du centre et cela est en train d’arriver à grands pas…
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