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17-11-2007
à 09:54
, Transmis par M.Khalid
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| Sourires à La Havane |
Lorsqu'on rencontre le quidam havanais, on se rend vite compte que cela fait longtemps qu'il n'est plus castriste mais qu'il est encore un brin fidéliste.
C'est pourtant de plus en plus difficile de le rester... En arrivant dans la nuit à La Havane, la route n'est pas évidente. Diego, le chauffeur de taxi, a eu plus de facilité à me reconnaître à l'aéroport qu'à différencier les innombrables embranchements qui m'ont conduit à seulement une vingtaine de kilomètres à l'est de la capitale cubaine. Diego a peur de se perdre dans la nuit et peur des policiers. Non pas pour des raisons politiques mais parce qu'il s'est faire prendre la veille par deux cerbères armés et casqués pour un excès de vitesse qu'il affirme être parfaitement imaginaire.
La Havane -- Sans radar ni le moindre appareil de surveillance, ces policiers lui ont infligé une amende à la tire. À vue d'oeil, ils ont jugé que Diego, père monoparental, roulait à 80 km/h sur un tronçon de route où il ne fallait pas dépasser les 70.
Alors, depuis la veille, Diego roule à 30 km/h pour ne pas subir de nouvelle injustice. Lorsque je lui ai dit qu'il risquait peut-être de s'attirer une autre amende pour conduite en état de lenteur, Diego n'a pas esquissé le moindre sourire.
Nous avons mis environ une heure pour rejoindre Tarara. Sur ces 20 kilomètres, nous avons croisé sept barrages policiers, une station-service sans essence où des filles et des garçons dansaient, trois bicyclettes, cinq autocars et une bonne vingtaine de taxis. Je comprenais la détresse de cet homme qui en bavait. Diego a peut-être toujours eu peur.
Quand nous sommes arrivés à l'entrée du village de Tarara, il a fallu que je montre mon passeport et que je réponde à des questions comme celles qu'on nous pose aux douanes canadiennes, américaines, cubaines ou autres.
Des questions qui donnent envie de mentir ou de dire des sottises: «Pourquoi, comment, allez-vous... ?» Sans qu'ils me le demandent vraiment, je leur ai dit avec assurance que je ne prévoyais pas visiter de ferme au cours des 14 prochains jours. Cela les a surpris, et le plus grand a fait une croix sur une espèce de grand calendrier. J'ai pensé qu'il avait coché la case «fou, bavard, excentrique, équipé de matériel audio et vidéo».
Diego m'a laissé devant une villa où m'attendaient quelques femmes de ménage vêtues de vert clair et un homme de maintien habillé en vert foncé, ces verts qu'on retrouve parfois dans les salles d'attente des urgences de nos hôpitaux. Un vert socialiste qui, il y a longtemps, signifiait l'espoir.
Je faisais tous les jours la navette entre la mer et La Havane. En plein jour, on y met à peine 30 minutes. Je laissais la famille à la plage pendant que j'arpentais les quartiers de la ville.
Tout ce qu'il y a de plus intéressant à visiter se trouve dans le Habana Vieja, à l'est du port. Cela se fait bien en marchant sans but précis. On peut prendre l'autobus pour quelques centavos, mais les files sont longues et les places assises quasi inexistantes. Par contre, l'expérience du bus vaut le coup au moins une fois pour connaître le baromètre de la journée du Havanais moyen. On peut également louer des bicyclettes à l'hôtel, mais dans ce cas, on vous prendra vraiment pour un touriste.
Le Centro Habana, coincé entre la vieille ville et le Vedado, n'offre que très peu d'intérêt. Le véritable centre-ville, le Vedado, au sud de la plaza de la Revolución (pour les nostalgiques des discours de Fidel et du Che), est le lieu de sortie des gens de la place. On y trouve la majorité des hôtels, discothèques et restaurants bon chic bon genre.
C'est également le début de la Rampa, surnommée les Champs-Élysées (tout est relatif), qui descend vers la mer, où on rejoint le Malecón, un chemin de rencontres et de baisers amoureux long de sept kilomètres et protégé par une digue (de la vieille ville à Miramar). Depuis que Castro s'est fâché contre la montée galopante de la prostitution, tous sexes confondus, avec les étrangers, elles et ils sont moins nombreux à s'afficher... ou ils le font autrement.
Miramar, à l'ouest, est l'endroit où se trouvent la plupart des ambassades, les meilleurs restos ainsi que de superbes maisons qui étaient autrefois les maisons de repos et de turpitudes des apparatchiks de l'ancien bloc de l'Est. À l'est, Habana del Este mène à Colimar.
De l'autre côté de la baie, à l'est de la vieille ville, il y a les quartiers Regla et Guanabacoa pour une ambiance presque africaine.
On peut se laisser tenter par la plaza de Armas pour le jardin central et par le Palacio de Los Capitanes Generales pour le Musée de la ville et le marché du livre d'occasion (des bouquins incroyables dans toutes les langues). Par la calle Obispo et la calle Officios pour les maisons, restaurées, ou un tour au Musée numismatique et au Musée de l'automobile. La cathédrale consacrée à San Cristóbal, c'est pour la façade puisqu'elle est presque toujours fermée (sauf le dimanche, jour de messes). Sur cette place de la Cathédrale, les casas del Marquès de Arcos, de Los Marqueses de Aguas Claras et de Lombillo sont dignes de quelques clichés. L'église et le couvent San Francisco de Asis, les églises de La Merced et d'Espiritu Santo et le couvent Santa Clara sont autant d'architectures intéressantes.
Il y a ensuite la maison natale de José Martí, figure emblématique de l'indépendance cubaine, la station ferroviaire Central de Ferrocarriles, l'ancien palais présidentiel et le Musée de la révolution, le Palaccio de Aldama, le Parque Central et les forteresses de San Carlos de la Cabana et le Castillo de Los Tres Reyes del Morro (pour le resto).
On fait aussi beaucoup dans les maisons transformées en musées ou en sanctuaires consacrés à des personnalités. Les casas de Simon Bolivar, de Guayasamin, de Africa et de Los Arabes en font partie. Les musées du Che, de Armas et du ministère de l'Intérieur sont des itinéraires voués à la pensée unilingue révolutionnaire. Également, le Musée du sport brille par les médailles d'or gagnées ici et là et le Musée de l'humour par les dessins.
La Havane est en chantier depuis quelques années. On restaure ou on repeint à tout vent. Quand les maisons se colorent un peu trop, on dit parfois ici que c'est Chávez qui avait des surplus de peinture ou que ce sont des Chinois qui en avaient trop pour leurs Jeux olympiques.
En se promenant, on rencontre facilement les Havanais. L'impression générale qui s'en dégage? Partout, des signes de lassitude, de tristesse. Certains sourient, certes, mais c'est pour la forme. Presque 50 ans après la révolution, bien des gens commencent sérieusement à se fatiguer de la lecture des deux seuls quotidiens, Granma et Juventud Rebelde, celui du Parti communiste et celui des Jeunesses communistes, sans compter l'unique téléjournal diffusé simultanément deux fois par jour sur les quatre chaînes nationales.
Aussi, pour échapper aux sempiternels talk shows politiques à la gloire de la révolution, beaucoup de Havanais sont devenus les rois de l'antenne parabolique. Ils sont des milliers à capter les chaînes locales de la Floride par l'intermédiaire d'un parent exilé là-bas, qui paie l'abonnement au satellite et fait parvenir une carte et un décodeur à un membre de sa famille à La Havane. Après avoir installé une petite antenne parabolique, le plus souvent très bien cachée, le pirate des ondes câble un maximum de voisins moyennant 10 $, soit le salaire mensuel moyen d'un Cubain.
Autre communication vers l'extérieur, Internet reste l'apanage de ceux qui peuvent se permettre de payer une dizaine de dollars l'heure pour une connexion aléatoire dans quelques cybercafés surveillés et de ceux qui occupent des postes de responsabilité dans les hôtels, au gouvernement ou dans les principales entreprises d'État. Mais la surveillance et la délation ne sont jamais très loin. Et pas question de se procurer un ordinateur dans ce pays où la vente de matériel informatique aux particuliers est interdite. En montant dans un taxi ou en se baladant dans les rues de La Havane, certains n'hésitent pas à vous demander des journaux ou des nouvelles du vaste monde, voire de... la santé de Fidel. C'est plus rapide que les voies de communication locales. où les rumeurs courent dans tous les sens.
La révolution, qui a permis l'alphabétisation de millions de personnes, a entraîné un véritable problème: la «démission des cerveaux». Grâce aux pourboires, un garçon de café gagne 30 fois plus qu'un spécialiste de chimie moléculaire. Un enseignant spécialisé en russe et en chinois gagne en une soirée d'accompagnement de touristes le double de son salaire mensuel. On trouve d'anciens policiers qui, malgré la fierté de l'uniforme et un certain pouvoir, préfèrent enfourcher un «bicitaxi», un pousse-pousse très populaire auprès des touristes, pour gagner cinq fois leur salaire de policier. Des comptables se font dames de compagnie et de ménage chez des étrangers en mission, des médecins se retrouvent à la réception d'hôtels ou font des massages sur les plages de Playa del Este. Dans le vocabulaire quotidien de la rue havanaise, cela s'appelle la lucha, la lutte.
Le pire, c'est que ce système profite aux familles les plus idéologiquement éloignées du pouvoir, celles qui reçoivent de leurs parents exilés à Miami une centaine de dollars chaque mois.
Pour l'instant, beaucoup tiennent le coup, mais beaucoup aussi ont peur de l'avenir, avec ou sans Fidel. Peur que certains exilés reviennent et reprennent leur maison, peur que la religion revienne au galop et prenne trop de place, peur que le libéralisme annoncé crée des inégalités criantes.
C'est pour cela que rester fidèle à une idée de la révolution est encore une bouée de secours, mais elle de plus en plus difficile à retenir.
À un médecin que je voyais chaque jour jouer les masseurs sur la plage de Tarara et qui me demandait comment c'était au Canada, j'ai parlé des grands lacs, des festivals, de la neige, des attentes aux urgences, des ponts qui s'écroulent, des frais de scolarité, des accommodements raisonnables... C'était la première fois qu'il souriait vraiment!
Je me suis alors dit qu'avec le sourire et l'espoir, La Havane, ça doit être merveilleux.
En vrac
- Vols vers La Havane au départ de Montréal avec Cubana (quatre heures). Ceux qui croient encore aux Iliouchine devraient peut-être essayer les Airbus de la compagnie cubaine, qui ont le mérite d'offrir un espace raisonnable entre les sièges. Les repas sont excellents en classe affaires et en classe touristes. tél: 514 871-1222, www.cubana.ca.
- Pour deux bons guides francophones à La Havane: Mercedes Molina Soto, tél: 537 260 9773, et Ludwig, de la compagnie San Cristóbal. Cette dernière gère également des hôtels de charme dans la vieille ville (Valencia, San Miguel, Beltran de Santa Cruz) et des restaurants (Jardin del Eden, Don Ricardo, Bodegon Onda) et peut organiser des séjours à caractère culturel ainsi que des fêtes allant du très rural au grand tralala. tél: 537 861 9171, www.viajessancristobal.cu.
- Pour une vue générale des musées de La Havane: svr1.cg971.fr/lameca/lamecainfo/repertoire/organismes_culturels/OC_Cuba.htm.
- Pour des renseignements touristiques en français: www.rootstravel.com.
- Bureau du tourisme de Cuba à Montréal, tél: 514 875-8004/05. À La Havane: Infotur, % 33 3333, www.infotur.cu.
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