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08-12-2007
à 09:30
, Transmis par M.Khalid
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| L'hôtel écolo |
L'hôtellerie occupe une position stratégique en matière d'environnement dans l'industrie du voyage par sa nature même, constituée de plusieurs branches susceptibles de générer de la pollution. Qu'on y songe: les services d'hébergement des établissements hôteliers comportent leur lot de manipulations attribuées à l'entretien, au nettoyage, à la buanderie, au chauffage et à la climatisation, sans compter l'important secteur de la restauration.
Or voilà que l'Association des hôteliers du Québec (AHQ) vient de lancer, en partenariat avec la Fédération québécoise en environnement, son Programme de reconnaissance en développement durable (PRDD, pour faire plus sexy) qu'on veut connecté autant sur l'économique et le social que sur l'environnemental. Si les applications concrètes de ce projet s'insèrent jusque dans les plus petits gestes au quotidien, le client, dans bien des cas de figure, n'en verra rien...
«Nous avons voulu implanter notre concept dans un ensemble qui comprenne aussi bien l'emploi et l'achat local que la gestion et la maintenance, en plus d'offrir des activités de consultation et de formation continue, explique Danielle Chayer, directrice générale de l'AHQ. C'est qu'en analysant les programmes existants, nous avons constaté qu'ils fournissaient peu de suivi aux membres.» Selon la méthode consacrée, vous remplissez un formulaire d'adhésion, envoyez un chèque, obtenez une cote, recevez un certificat encadré pour afficher, et puis bonjour, sans que personne ne vérifie rien par la suite. Du vert bien pâlot, quoi.
Ainsi, les clientèles des hôtels québécois pourront dorénavant choisir un établissement en fonction de son engagement «durable» en plus de leurs critères habituels.
Les adhérents au PRDD arboreront le logo RéserVert, symbolisé par un thuya occidentalis -- le cèdre pour les intimes --, comme preuve de participation au programme et du respect de ses normes. Et cette image pourra être affichée aussi bien à l'enseigne d'une petite auberge qu'à celle d'un hôtel de grande chaîne internationale, d'une ou de cinq étoiles.
Parmi les éléments les plus visibles pour le client, mentionnons par exemple le maintien d'une basse température en hiver et de rideaux fermés en été pour épargner les systèmes de chauffage et de climatisation dans les chambres inoccupées; le choix de peintures recyclées ou à faibles émissions de polluants pour les couleurs des murs; l'usage de boîtes de mouchoirs et de rouleaux de papier hygiénique faits de fibres postconsommation; le remplissage multiple des contenants de produits de soins personnels (fini, les petites bouteilles jetables dont plusieurs terminent leur vie... à la maison). Aussi revient-on à la bonne vieille méthode du verre et des cubes de glace: adieu, bouteilles d'eau en plastique.
Du côté de la salle à manger, on utilisera des serviettes de table en tissu. «Malgré le lavage qu'elles nécessitent et dans la mesure où on emploie un savon biodégradable, celles-ci demeurent encore plus écologiques que le papier», poursuit Mme Chayer. Des surplus de victuailles à la suite d'un banquet? Ils seront redistribués à des gens dans le besoin par l'entremise d'organismes communautaires, «ce qui se fait très peu actuellement». Dans l'esprit du PRDD, on encouragera également les hôteliers à développer des politiques d'achat local pour leurs produits.
Se qualifier pour le vert
Près de 150 interventions dans une dizaine de secteurs d'activité, répondant à 24 objectifs liés au développement durable, ont ainsi été circonscrites dans le cadre de ce programme, donnant chacune des points accumulés par l'établissement pour se qualifier au vert foncé: du système de gestion au service d'accueil et à l'administration en passant par l'entretien ménager, les ressources humaines, les réceptions...
Un minimum de départ de 25 points, auxquels devront s'en ajouter six par année subséquente, sera exigé aux établissements participants. Sur une période de 12 mois, 5 % de ces hôtels seront visités incognito et feront l'objet de vérifications par une firme indépendante.
Pour l'hôtelier, le virage écolo a un coût: 350 $ à l'adhésion et 500 $ annuellement par la suite. «C'est encore moins cher qu'une publicité pour le brunch de la fête des Mères dans le journal local», compare la directrice générale de l'AHQ. Celle-ci tient à préciser qu'il ne s'agit pas ici d'un programme de certification mais bien de reconnaissance, et sans aucune gradation: «On embarque ou pas. Ce projet implique un engagement, voire tout un changement de comportement de la part de la direction autant que de l'ensemble du personnel de l'établissement adhérent. Il faut vraiment y croire.»
Le tenancier verra son image corporative améliorée -- le vert a la cote auprès de la population --, en plus d'une économie de coûts générée par une plus grande efficacité énergétique et une meilleure gestion. Le client, lui, ne percevra que des différences mineures dans les services hôteliers auxquels il est habitué, les actions se jouant dans bien des cas à l'interne. Mais il ne devrait souffrir d'aucune interférence sur sa facture, promet-on.
Parmi les 2000 établissements que compte le Québec, plus de 500 sont membres de l'Association des hôteliers. Mais tous peuvent adhérer au programme de l'AHQ, moyennant des tarifs un peu plus élevés pour les non-membres.
Une dizaine d'hôteliers ont participé au projet-pilote pour l'élaboration de ce projet, d'abord expérimenté à l'hôtel de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie à Montréal. Sur un budget de réalisation de 165 000 $, 50 000 $ provenaient du ministère du Tourisme et le reste de partenaires publics et privés tels Hydro-Québec, Cascades, Innu-Science Canada et, on l'a dit, la Fondation québécoise en environnement.
Le pactole
Théodore Carrier est directeur pour la qualité des services à Tourisme Québec: «Nous nous sommes assurés, avec notre participation à ce PRDD, de la collaboration du Bureau de normalisation du Québec pour le développement de normes de qualité, un peu comme celles de l'ISO [International Standards Organization]. Alors que ces dernières sont davantage conçues pour des pièces mécaniques, par exemple, les normes de l'industrie touristique font largement appel aux ressources humaines et nécessitaient donc une approche spécifique.»
La création du PRDD de l'AHQ et son approche très pratique pourront servir d'instrument pédagogique au ministère du Tourisme dans le cadre de son propre programme de démarche qualité. Quant au ministère de l'Environnement, il semble bien récolter des fruits dont il n'a pas même eu à semer les graines... «Les 150 ministères et organismes de l'administration publique auront à élaborer des plans d'action en développement durable au cours de la prochaine année», a déclaré la ministre Line Beauchamp lors de l'annonce du plan de l'Association des hôteliers. Que voilà un exemple inespéré... Le pactole!
Du côté de l'AHQ, on aimerait bien, éventuellement, que le gouvernement du Québec imite le fédéral avec ses hôtels à l'éconotation Green Keys et qu'il émette une directive aux députés et fonctionnaires pour qu'ils choisissent des établissements à l'enseigne de RéserVert lors de leurs déplacements.
On verra à l'usage comment l'AHQ réussira à implanter son concept et de quelle façon le public y répondra. Mais il reste que le moindre geste entrepris dans le but ultime d'épargner notre environnement, au-delà des grandes envolées mondiales des partisans et détracteurs du protocole de Kyoto qui s'éternisent en tergiversations, finit par faire tache d'huile (biodégradable!) et demeure vital. Notre pauvre planète en a bien besoin, va.
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